Bruxelles, un pot-pourri de start-ups qui a le sens de la tech

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Moins déluré que Berlin, plus humble que Paris, l’écosystème tech bruxellois reste un discret écrin d’innovation au cœur de l’Europe. Centrale et grouillante de diversité, hyper accessible mais difficile à cerner, Bruxelles attire souvent autant qu’elle déconcerte. Il ne lui manque qu’une seule chose pour devenir un véritable hub européen: de l’audace.

Si la légende raconte que tout a commencé avec le Betacowork en 2010, il faut en réalité remonter un peu loin pour comprendre comment et pourquoi l’écosystème tech bruxellois est né. À cette époque, Jean Derély, jeune entrepreneur originaire de Lille mais Belge d’adoption, revient des Etats-Unis avec des idées plein la tête sur l’entrepreneuriat. Il fonde le Betagroup. “Au début, c’était avec deux ou trois copains et quelques bières. On a souvent organisé nos meetings Belgian Tech Entrepreneurs à l’ULB, mais on l’a fait ailleurs en Belgique. L’idée, c’était qu’à chaque meeting, 5 porteurs de projets viennent pitcher leur idée. De belles start-ups sont sorties de là et sont de vraies réussites aujourd’hui comme SparksCentral, Newpharma ou MyMicroInvest (Spreds, NDLR), se réjouit-il depuis Madrid où il s’est installé il y a quelques années.

Deux ans plus tard, soit en 2010, Jean Derély veut pousser plus loin son idée et ouvrir un espace de coworking. “J’avais bossé dans un espace de coworking aux Etats-Unis. Je me suis associé sur la base d’une convention de partage des revenus avec l’Icab et en un an, tout le bâtiment était rempli”, se souvient-il. Mais c’est aussi à cette époque que son projet de start-up (Woorank verra le jour en 2011) lui trotte dans la tête. “J’ai lancé le Betacowork, mais c’est Ramon Suarez qui en a fait une réussite“, insiste-t-il. Et en 2012, il passe également les rênes du Betagroup à une “jeune femme technophile hyper dynamique”, la très médiatisée Julie Foulon, devenue depuis la cofondatrice de Molengeek.

BeTech

Si la French Tech est devenue une véritable marque, ce n’est pas encore le cas chez nous. Humilité oblige, le Belge, même serial entrepreneur, est en général plutôt discret. Néanmoins, le candidat débutant, d’ici ou d’ailleurs, pourra compter sur le groupe BeTech pour se connecter à l’écosystème. Les entrepreneurs de la scène tech y échangent trucs et astuces en ligne via leur groupe Facebook ou via des événements organisés régulièrement. Par exemple, tous les premiers mardis de chaque mois, ils se réunissent pour discuter et échanger, boire quelques bières et refaire le monde. À chaque fois dans un endroit différent, histoire de visiter les principaux lieux de l’écosystème.

Not crazy enough

Soyons honnêtes. Les graines semées il y a 8 ans n’ont pas permis à Bruxelles de se hisser à la hauteur de ses consœurs européennes que sont Berlin, Paris ou Londres. Pourtant, les ingrédients sont bien là, eux: les incubateurs et programmes d’accélération fleurissent, les espaces de coworking pullulent, les formations au numérique s’organisent (BeCentral, BeCode…). Les loyers sont abordables, les talents pas trop chers, la concurrence pas trop violente. Et globalement, l’esprit est bon, la vague est porteuse. Et pourtant, Bruxelles tire la gueule. Bruxelles joue les rabat-joie sur la carte des hubs européens.

Brussels Tech Tour avec Toon Vanagt

Pour certains entrepreneurs bruxellois, il manque à Bruxelles un Oussama Ammar (The Family, NDLR), un Marc Coucke version tech. Un gars avec un petit grain de folie qui se ficherait pas mal de s’acoquiner avec le régional, le Fédéral ou les grosses multinationales. “The Family est un bon exemple parce qu’Oussama a créé un véritable écosystème en partant de rien. Il n’aurait jamais voulu y associer un De Croo, par exemple. C’est une question de mindset”, s’amuse un entrepreneur. Et son comparse de rajouter: “Il y a plein de belles initiatives à Bruxelles mais il faut toujours qu’il y ait un Proximus ou ING qui y soit associé.” Comprenez, ça casse l’ambiance et nos start-ups n’ont pas besoin d’être trop maternées: elles doivent trouver leur propre chemin.

38%
En 2017, la Flandre a capté 54% des fonds levés, mais la part de Bruxelles est en augmentation. Elle est passée de 22 à 38%.

Au passage, certains dénoncent les liaisons dangereuses entre les start-ups et les corporates. “C’est une relation souvent disproportionnée. Beaucoup de start-ups ne connaissent pas les règles du jeu”, juge un entrepreneur bruxellois. Wouter Rémaut, CEO de Co.Station, un incubateur backé par des gros noms comme Proximus et BNP Paribas, pense, lui, que les corporates ont besoin de ce type d’infrastructures pour apprendre à parler “le langage des start-ups” et inversement. “On chaperonne la relation entre les deux. Mais les corporates aussi ont peur de se faire devancer par la concurrence”, explique-t-il.

Autre idée bien répandue: Bruxelles n’a pas encore de champion tech qui lui offrirait la visibilité nécessaire pour faire le poids avec ses voisines européennes.Ce n’est pas tout à fait vrai, rétorque Frédérik Tibau, responsable du contenu chez Startups.be. Il y a de belles success stories comme Collibra, Qover, Real Impact Analytics ou encore Aproplan.” Et de beaux fails aussi comme Take Eat Easy ou plus récemment Menu Next Door. D’autres ont peut-être été trop vite revendues. “Il y a pas mal de sociétés européennes qui viennent se servir chez nous. Peut-être qu’on devrait faire davantage pour les retenir?” s’interroge Wouter Rémaut.

Une question de capital ou de modèle économique?

Le capital d’amorçage, il n’y a généralement qu’à se baisser pour le ramasser. Mais quand il en faut plus, les entrepreneurs bruxellois se plaignent souvent que ça coince. Selon des chiffres publiés par le spécialiste start-ups Omar Mohout, le déséquilibre entre le nord, le sud et Bruxelles est profond. En 2017, la Flandre a capté pas moins de 54% du capital levé mais la part relative à la Région bruxelloise est en forte croissance puisqu’elle passe de 22 à 38%. Outre le fait que la Flandre peut compter sur un réseau d’entrepreneurs/investisseurs plus matures, l’explication de cette différence réside peut-être dans le fait que les entreprises technologiques sont souvent actives dans des secteurs moins lucratifs pour les investisseurs.

“Bruxelles est the place to be pour lancer une entreprise à vocation européenne à un prix raisonnable.”

toon vanagt
entrepreneur bruxellois

Pour Toon Vanagt, serial entrepreneur qui a repris le Betacowork depuis mai 2017, c’est moins la question du capital que le choix du modèle de start-up qui doit se poser. “Il y a une raison pour laquelle le capital est parfois difficile à trouver, c’est parce qu’investir dans une start-up, c’est risqué. Quand un entrepreneur me dit qu’il ne trouve pas de capital, je lui pose toujours la même question: quel type de société veux-tu construire? Parce qu’en fonction de la réponse, tu as oui ou non besoin de capital. Et puis, il faut avoir prouvé que ton produit répond à une demande du marché, avoir des clients“, explique-t-il.

Plus globalement, cette réflexion intervient alors que de plus en plus de voix dénoncent le fonctionnement actuel des écosystèmes et les motivations qui poussent les entrepreneurs à se lancer dans l’aventure entrepreneuriale. “C’est vrai que certains cassent un peu les règles du jeu. Quand on a des coûts marketing énormes, on peut fausser la croissance et accaparer le marché. Du coup, le suivant qui veut peut-être y aller de façon organique ne va pas pouvoir le faire, ou en tout cas très difficilement. They don’t ask permission, they will ask for forgiveness“, reconnaît Toon Vanagt.

5 endroits clés

Betacowork

Lancé en 2010, c’est l’ancêtre de l’écosystème tech bruxellois. Espace de coworking, workshops, événements à destination des entrepreneurs, le Betacowork a été le premier levier de l’entrepreneuriat à Bruxelles.

Co. Station

Acteur purement privé, adossé à de gros corporates (BNP Paribas Fortis, SDWorx, Proximus, EY), ce village de start-ups table sur une large communauté d’entrepreneurs et d’investisseurs, un réseau international et des programmes d’accélération pour booster l’écosystème digital.

BeCentral

Plus récent, BeCentral est un campus digital, ouvert à tous. Ils proposent des formations au numérique, abritent une école de codage et une poignée de start-ups. Le projet est porté par une belle brochette d’entrepreneurs de la tech belge.

DigitYser

La dernière pépinière en date, axée sur la next tech: Internet of Things, réalité virtuelle ou augmentée, big data et bien sûr, intelligence artificielle.

MIC Brussels

Le Microsoft Innovation Center, ou simplement MIC, accompagne les entrepreneurs du secteur IT. Il organise notamment deux Boostcamps par an et a mis sur un pied un programme d’accélération pour les start-ups plus matures.

Une réserve de talents

Qu’on se rassure, il y a encore beaucoup d’entrepreneurs qui ont une vraie motivation: créer de belles boîtes et les porter à l’international.Bruxelles est the place to be pour lancer une boîte européenne à un prix raisonnable, estime Toon Vanagt. Bruxelles, c’est central, c’est abordable, il y a une belle diversité et un certain pragmatisme qui peut prêter à sourire.”

Et même si le recrutement de profils IT reste un véritable défi dans la capitale et le reste du pays, Bruxelles représente une véritable opportunité pour les fintechs et les legaltechs. “Il y a énormément de grandes banques internationales et d’acteurs de la finance comme Swift ou the Bank of New York Mellon qui créent de talentueux managers. Et avec la réforme des banques qui en cours, il y a un vrai pool de talents prêts à se réinventer. Ensuite après Washington, Bruxelles est une véritable fourmilière de lobbyistes. Idéal pour les Legaltechs!” conclut Toon Vanagt.

Source : https://www.lecho.be/dossier/siliconbelgium/bruxelles-un-pot-pourri-de-start-ups-qui-a-le-sens-de-la-tech/9988598.html

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